"A l’A.G. de Renault, il va y avoir du chahut"
Par Barbara Leblanc - Publié le
ENTRETIEN Quatre mois après le début de l’affaire Renault, le constructeur automobile français organise le 29 avril son assemblée générale annuelle. Une grand-messe qui risque d’être agitée. Pour l’occasion, l’Usine Nouvelle revient avec Pierre-Henri Leroy, président du cabinet de conseil aux investisseurs Proxinvest, sur les revendications des actionnaires.
L'Usine Nouvelle - Votre cabinet appelle les actionnaires de Renault à voter contre le renouvellement de Philippe Lagayette et contre les comptes de Renault pour 2011. Pourquoi ?
Pierre-Henry Leroy - Nous reprochons depuis plusieurs mois à Renault son manque de transparence dans sa gouvernance. Nous avions prévenu bien avant les autres, il y a un an et demi, que des choses n’allaient pas dans la gestion de l’entreprise. Le fond de la contestation réside dans le problème d’intégrité de l’entreprise sur l’information et la gestion du patrimoine. On nous raconte des carambouilles. Le travail n’a pas été fait correctement par le vice-président référent, Philippe Lagayette.
Qu’entendez-vous par là ?
Tout simplement qu’au lieu de servir d’alibi au patron de Renault, M.Lagayette aurait du faire son travail et réformer la gouvernance. Ce qu’il n’a pas fait du tout. Et pourtant ! Le groupe Renault ment sur sa gouvernance. Au fond, l’entreprise repose sur le pouvoir incontesté de son patron qui mélange les fonctions de direction générale et de présidence. Un cumul qui amène un jour ou l’autre à " péter les plombs". A cela s’ajoute un actionnaire public aussi embarrassé qu'inefficace et des administrateurs et des commissaires aux comptes complaisants. Sans oublier que Carlos Ghosn ne s’est jamais expliqué sur sa prestation dans l’affaire d’espionnage ni sur sa rémunération importante perçue au Japon.
Appelez-vous à la démission de Carlos Ghosn ?
Nous ne l’avons jamais fait et ce n’est pas du tout l’objectif. Pour moi, Carlos Ghosn est un homme de grande qualité, capable de parler plusieurs langues, de se faire entendre de tout le monde. C’est un grand bonhomme. Mais comme tous les êtres humains, il a fait des erreurs, il a pété les plombs. Même les dirigeants ne sont pas des dieux vivants. Et nous sommes là pour leur signifier ce qui ne va pas.
Comptez-vous intervenir demain ?
Non. Notre fonction est de donner aux investisseurs des informations sur ce qui nous troublent. Et leur permettre de se faire entendre. Il faut arrêter avec le capitalisme à la française, où les administrateurs reconduisent à chaque fois les dirigeants pour avoir des dividendes. Les petits actionnaires doivent aussi faire entendre leurs voix.
Quelle sera l’ambiance selon vous ?
Elle sera forcément tendue. Evidemment il va y avoir du chahut. Certaines résolutions habituellement votées ne le seront certainement pas pour le principe. Ca va être violent verbalement parlant, car les gens sont indignés par le caractère irresponsable de la gestion du groupe. Mais tout cela est légitime, car Carlos Ghosn a flingué Renault.
Que pensez-vous de la stratégie du groupe ces derniers mois ?
Mon travail est basé sur la gouvernance de l’entreprise, pas sur sa stratégie. Tout ce que je peux dire, c’est que Renault est une belle entreprise, avec des voitures fiables et à un prix raisonnable.
Pour l’occasion, la rédaction de l’Usine Nouvelle sera présente à l’assemblée générale. Elle vous permettra de la suivre en instantané sur la page d’accueil d’usinenouvelle.com.

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