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À CROLLES, L'USINE DE STMICROELECTRONICS EST DURABLE

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3263

Sur son site proche de Grenoble, le fabricant de semi-conducteurs a transformé le concept de développement durable en principes concrets.

Voici une usine nichée au coeur des Alpes qui surveille ses consommations d'eau, d'électricité et de produits chimiques comme le lait sur le feu. En entrant dans les locaux, on aperçoit deux salariés qui prennent leur café appuyés sur des bornes permettant de collecter cartons, plastiques et appareils électroniques usagers. Un peu plus loin des affichettes incitent à prendre le bus. À la cantine quelques retardataires terminent leur déjeuner en procédant au tri sélectif des restes de leur plateau, la bouteille dans un trou, son bouchon dans un autre. Cette usine, c'est celle de STMicroelectronics. Située à Crolles, près de Grenoble, le recyclage des bouchons n'est que la partie visible d'une démarche qui concerne également la production de ses circuits intégrés pour l'industrie électronique. Cela ne l'empêche pas d'être compétitive : comptant parmi les dernières en Europe, elle exporte 95 % de sa production en Asie.

À l'heure où de nombreuses entreprises en sont encore aux atermoiements sur le développement durable, STMicroelectronics a une longueur d'avance. Pasquale Pistorio, le fondateur et PDG de 1987 à 2005, compte parmi les pionniers. Convaincu que l'engagement environnemental était une manière de rendre son entreprise plus compétitive, il a instauré dès 1995 la publication du « Décalogue de l'environnement ». Celui-ci établit des objectifs chiffrés pour dix points clés (réglementation, préservation, réchauffement climatique, pollution, gestion du risque, déchets...). Ils sont déclinés dans chacun des 13 sites de production du groupe, dont Crolles.

Bien sûr les réglementations ne sont pas étrangères à cette démarche. Mais les responsables du site, qui est classé Seveso seuil bas, tentent d'aller plus loin quand cela est possible. Ainsi, alors que la réglementation française autorise 0,5 mg/l de cuivre dans les rejets aqueux industriels et que STMicroelectronics a fixé son objectif à 0,1 mg/l, l'usine s'est fixé comme limite 0,002 mg/l ! « Nous n'y arrivons pas à tous les coups mais nous essayons », sourit Michel Masselot, le responsable hygiène, sécurité, environnement (HSE) du site.

Les procédures pour atteindre les objectifs sont bien rodées. Les consommations par exemple sont suivies par collecte de données (compteurs, factures...). Les résultats sont analysés et des programmes de réduction mis en place. « Le reporting à réaliser en interne est quasi plus sévère à faire que celui auprès des autorités », poursuit Michel Masselot. Les réductions sont là notamment pour l'eau utilisée en grande quantité dans les procédés industriels afin de produire de l'eau ultra-pure destinée à rincer les plaquettes de silicium de 200 et 300 mm. Alors qu'en 2004 il fallait près de quatre mètres cubes d'eau par plaquette, il en fallait un peu plus de deux mètres cubes en 2010 alors que la production continuait de croître. En 2009, une unité de réutilisation d'eau a été installée pour le recyclage des eaux de rinçage des ateliers de fabrication : le taux de recyclage tourne autour de 26 %. Même tendance à la sobriété pour l'électricité, le gaz et les produits chimiques (acides, résines, solvants...) dont le site est très gourmand.

Une gageure alors que la production de semi-conducteurs est un casse-tête : plus de 680 opérations élémentaires (traitement thermique, dépôt de métal, de matières isolantes, gravure, polissage...) sont nécessaires pour graver une planche de silicium. La durée moyenne de fabrication est de soixante jours. Sans droit à l'erreur : la fabrication d'une tranche coûte 2 500 dollars (près de 1 850 euros) !

Comme de nombreux produits indispensables aux procédés ne peuvent pas être substitués, les responsables de l'usine de Crolles s'activent sur le front du recyclage. Bien que les déchets (6 200 tonnes par an, dont 88 % sont recyclés), essentiellement des produits chimiques en mélange, soient difficiles à réutiliser, ils tentent de leur trouver de nouvelles filières. L'acide sulfurique utilisé en production est réutilisé pour le fonctionnement des laveurs de gaz. Dernière idée fixe : trouver un moyen de valoriser les gants et les combinaisons jetables utilisés par les opérateurs des salles blanches qui jusqu'ici partaient directement à la poubelle.

En collaboration avec les fournisseurs

En effet pour continuer à progresser, après le temps du « gros oeuvre » vient celui des détails. Et celui de chantiers plus complexes, comme celui de l'éco-conception des procédés et des produits. STMicroelectronics s'est fixé comme objectif de viser l'éco-conception pour la totalité des nouveaux produits d'ici à 2015. « Le défi est de réaliser des circuits plus intégrés, plus complexes, moins chers et moins énergivores », résume Gérard Mathéron, le directeur du site. Ce qui implique une collaboration avec ses fournisseurs afin de collecter les données sur l'impact environnemental de leurs produits.

Dernier volet, touche personnelle de Carlos Bozotti, l'actuel PDG : la santé des salariés. Le site de Crolles s'y est attelé. En plus de la prévention des risques, il comprend un travail d'éducation à la diététique pour les équipes travaillant en horaires décalés et la nuit, souvent plus adeptes du steak frites que du poisson haricots verts, ou une aide aux salariés souhaitant arrêter de fumer... Si ces initiatives peuvent paraître paternalistes, STMicroelectronics est convaincu qu'elles permettent de fidéliser ses 4 100 salariés. Les chiffres semblent lui donner raison : le turn-over de l'usine approche des 2 %. La pudeur reste de mise sur le montant total des investissements « développement durable » du site isérois. À l'échelle du groupe, STMicroelectronics, qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 10 milliards de dollars (7,3 milliards d'euros), a consacré l'an dernier 0,06 % de ses investissements au volet réduction eau/énergie/produits chimiques pour des économies estimées à... 278 millions de dollars (206,6 millions d'euros).

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