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« 25 MILLIARDS DE PLUS POUR L'INDUSTRIE »

Par PROPOS RECUEILLIS PAR SOLÈNE DAVESNE ET LAURENT GUEZ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3271

François Drouin, le PDG de la banque publique Oséo, doit lancer d'ici à fin février sa future filiale dédiée à l'industrie. Elle sera dotée d'un milliard d'euros de fonds propres.

À quoi va ressembler cette banque de l'industrie annoncée par Nicolas Sarkozy ?

Ce sera une filiale d'Oséo à 100 %. Elle sera dotée d'un milliard d'euros de capital, ce qui est très important. Aujourd'hui, le capital d'Oséo s'élève à 2 milliards. Cela représente une progression de 50 % de nos fonds propres. Et ces 50 % vont être uniquement dédiés à l'industrie.

Que va offrir de plus Oséo Industrie ?

Nous faisons déjà 40 % de notre activité dans l'industrie. Oséo est d'ailleurs plus impliquée dans l'industrie que le réseau bancaire français, puisque les banques réalisent à peu près 15 % de leur activité dans ce secteur. Oséo Industrie va donc offrir la totalité des produits que nous offrions déjà, mais l'idée est de faire plus pour l'industrie. Nous allons en faire davantage pour les quasi-fonds propres. Il y aura des produits spécifiques pour l'industrie. Oséo Industrie sera opérationnelle fin février.

Qu'est-ce qui va changer concrètement pour les entreprises sur le terrain ?

Pour les chefs d'entreprises, cela ne changera rien, sauf qu'il y aura des moyens supplémentaires. Nous allons un peu renforcer les équipes, mais ce sera toujours au sein d'Oséo, ils auront toujours le même interlocuteur. Oséo Industrie va utiliser le réseau d'implantation d'Oséo, les équipes d'Oséo, le système de contrôle du risque d'Oséo... Les prêts seront accordés avec du papier à en-tête « Oséo Industrie » !

Qu'entendez-vous par « industrie » ?

Le périmètre est effectivement une question à préciser. Nous nous fonderons sur le code NAF. Nous sommes encore en discussion avec l'État qui est notre actionnaire sur le périmètre précis. Mais nous avons besoin d'une liste simple et opérationnelle.

Quel est l'effet de levier que l'on peut attendre ?

Actuellement, les règles prudentielles nous demandent 8 % de fonds propres. Donc, avec un milliard de fonds propres, on peut faire 12,5 milliards de prêts. Cela permet d'apporter 25 milliards d'euros à l'industrie, si les banques mettent autant que nous. C'est une estimation prudente. Et pourtant c'est énorme ! Cela doit avoir un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'industrie qui permette de regagner confiance. L'industrie, ça doit investir, aller à l'international.

Est-ce qu'il y a un besoin ?

Des demandeurs, on va en trouver. Mais on ne va pas tout distribuer tout de suite. Doter du capital, c'est un vrai levier, très puissant.

Quel regard portez-vous sur la santé des entreprises ?

C'est assez paradoxal, mais la santé des entreprises n'est pas mauvaise, à l'exception des travaux publics. En 2011, le chiffre d'affaires a progressé de 4,7 % pour les PME, selon l'enquête de conjoncture. Les sinistres ne sont pas très élevés. Les banques, tout comme nous, n'ont pas fait de provisions. Sur la trésorerie, on ne sent pas vraiment de tensions. On n'est pas du tout dans la situation de 2009. Globalement, la médiation du crédit n'est pas très mobilisée. Ce n'est pas utile de remettre en place les dispositifs d'urgence créés lors de la crise de 2009, même si on se tient prêt.

Pourquoi alors ce sentiment qu'il faut agir dans l'urgence ?

On anticipe que les banques ne vont plus prêter. Je pense qu'elles prêtent et qu'elles continueront à prêter aux entreprises françaises. J'ai été banquier. À l'époque, on disait que les banques tondaient la laine sur le dos des PME... C'est exagéré, car ce sont des clients intéressants. Les banques ont besoin que les entreprises continuent à leur confier leurs flux. C'est vrai qu'on observe que les banques sont plus partageuses. Elles sont contentes qu'Oséo assure un bout du financement sur les projets qu'elles veulent soutenir. Cela leur permet de garder leurs clients.

Le contexte politique vous gêne-t-il ?

Nous, à Oséo, on ne fait pas de politique. Je suis chargé de rendre opérationnelle la filiale industrie courant février. Je vous assure que l'on travaille dur. On a beaucoup de chance cette année parce que le mois de février compte 29 jours !

Jugez-vous réaliste la proposition du PS de doter Oséo de 20 milliards d'euros de capital ?

On ne se mêle pas des propositions politiques. Un milliard d'euro de capital, c'est déjà un très gros montant. Mais la question de l'industrie, des entreprises est au centre des préoccupations des Français et des discours, et c'est une bonne chose. Tout le monde est d'accord sur le fait que ce sont bien les PME et les ETI qui créent la richesse.

Est-ce que ces moyens supplémentaires vous permettront de renforcer l'innovation ?

D'une certaine manière, oui. Quand vous financez un CDP [contrat de développement participatif, ndlr], cela peut permettre de financer de l'innovation, de l'export. C'est plus global. Ce n'est pas fléché sur une innovation en particulier. Après, la société se financiarise, les outils financiers se développent, l'innovation se modernise. Par exemple, on a développé un prêt à taux zéro pour l'innovation. Ce n'est pas très différent d'une avance remboursable à taux zéro pour l'innovation, sauf que cela ne vous interdit pas le crédit impôt recherche. Si Oséo est plus prospère, elle pourra répartir une partie de cette ressource vers des bonnes oeuvres comme l'innovation. Car celle-ci coûte chère, même si nous faisons moins de subventions. Il nous faut trouver des ressources quelque part.

Pour les chefs d'entreprises, cela ne changera rien, sauf qu'il y aura des moyens supplémentaires. Les prêts seront accordés avec du papier à en-tête « Oséo Industrie » !

LE CONTRE-PROJET DU PARTI SOCIALISTE

Le principe Une banque publique d'investissement dotée de 20 milliards de fonds propres (prioritairement dédiés aux PME industrielles). Le mode de financement L'épargne des Français via un doublement du plafond de l'actuel LDD (livret de développement durable). Les outils Essentiellement des prêts participatifs. Gouvernance Association des responsables des outils existants (CDC, Oséo, FSI) et des exécutifs des régions.

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