imprimer

2011: Peinant à convaincre, PSA et Renault malmenés en Bourse

Publié le

par Gilles Guillaume et Mehdi-Nicolas El Moueffak

PARIS (Reuters) - PSA et, dans une moindre mesure, Renault auront sous-performé en 2011 le secteur boursier de l'automobile européenne, les deux français peinant à convaincre les analystes sur leur positionnement stratégique dans un contexte de ralentissement des ventes en Europe.

Sur l'année qui s'achève, l'action PSA Peugeot Citroën aura effacé plus de la moitié de sa valeur (-56,4% à la clôture du 27 décembre), tandis que Renault en aura perdu plus d'un tiers (-38,3%) et l'indice européen de la filière un quart environ (-23%).

Les français n'ont pas été les seuls à souffrir puisqu'un autre généraliste pur, l'italien Fiat, abandonne 45,4% depuis début janvier. Mais l'allemand Volkswagen, premier constructeur européen, n'aura pour sa part reculé que marginalement (-2,9%) en 2011, aidé par l'engouement persistant pour sa Golf sur le marché européen et par l'insolent succès de sa marque haut de gamme Audi à travers le monde.

"Les deux constructeurs français sont surexposés à un marché qui est mature et qui va finir en baisse cette année et l'année prochaine", commente Xavier Caroen, analyste automobile chez Kepler Capital Markets.

"Les constructeurs allemands sont plus fortement exposés aux marchés émergents que sont la Chine, la Russie et l'Amérique latine, mais également aux Etats-Unis, un marché qui pourrait également être en croissance en 2012", ajoute-t-il.

Malgré la menace de récession, la contraction du marché européen ne devrait toutefois pas être aussi violente qu'en 2008, quand le secteur avait frôlé la catastrophe avec l'effondrement des ventes de voitures et d'utilitaires.

Les industriels s'estiment également mieux préparés car ils gèrent leurs stocks plus rigoureusement. D'autant que cette fois, rigueur budgétaire oblige, ils ne pourraient pas compter sur de nouveaux prêts publics d'urgence ou un retour de la prime à la casse.

Ils ont en outre retrouvé une certaine marge de manoeuvre au

niveau de l'ajustement de leur outil industriel, même si celle-ci reste limitée tant le sujet est politiquement sensible à quelques mois de l'élection présidentielle.

En échange du prêt public anti-crise de 2009, Renault et PSA s'étaient engagés à ne pas fermer de site en France. Le prêt est désormais remboursé et PSA refuse de se prononcer sur l'avenir de l'usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qui produit la Citroën C3, en raison de la guerre des prix qui fait rage sur les petites voitures.

INVERSION DE FORTUNE

Soucieux de réduire leur dépendance au marché européen, PSA et Renault ont tous deux fait de l'internationalisation de leurs ventes une priorité. Mais nombre d'analystes jugent le mouvement trop lent : au troisième trimestre, les deux constructeurs français réalisaient encore la majorité de leurs ventes sur le continent, 59% pour PSA et 52% pour Renault.

Grâce à son alliance avec le japonais Nissan, le groupe au losange bénéficie toutefois d'une image plus mondiale, ce qui participe à sa meilleure performance boursière cette année. La perspective d'une simplification de ce partenariat sera un important catalyseur pour l'action Renault en 2012, tout comme le potentiel du marché russe où Renault et Nissan sont en pointe avec leur partenaire local AvtoVAZ.

L'an passé à la même époque, PSA faisait mieux que Renault à la Bourse de Paris car les analystes appréciaient la visibilité offerte par le premier constructeur français, la stratégie de montée en gamme de ses deux marques Peugeot et Citroën au coeur de son "plan de performance" et le rajeunissement de sa gamme.

Un an plus tard, Renault a redonné de la visibilité au marché avec son propre plan stratégique et la nouveauté a changé de camp.

"En 2012 (...) on a le véhicule électrique, la nouvelle Clio, la nouvelle Twingo et de nombreux modèles au niveau de la marque Dacia qui vont être lancés dans les pays émergents, il y a donc plus de potentiel sur Renault que sur Peugeot dans ce domaine", détaille Xavier Caroen.

Côté PSA, les lancements se feront plus rares l'an prochain malgré l'arrivée de deux modèles majeurs : la Peugeot 208 et la Citroën DS5.

PROBLÈMES D'APPROVISIONNEMENT

Pour les deux constructeurs, l'année 2011 restera aussi marquée par une série noire en matière d'approvisionnement.

Affecté comme l'ensemble de la filière par des pénuries de composants électroniques en provenance du Japon, dans le sillage du tsunami de mars, Renault a ensuite souffert plusieurs mois d'affilée de ruptures d'approvisionnement spécifiques au groupe et qui ont pesé sur ses ventes de petites voitures diesel. A l'automne, Renault a enregistré un rebond de ses ventes, mais PSA a été victime à son tour de problèmes d'approvisionnement avec l'un de ses fournisseurs.

Le retour à la normale observé chez Renault en Europe lui a permis de maintenir son objectif annuel de ventes supérieures au record de 2,6 millions d'unités de 2010. En revanche, PSA, qui avait immatriculé cette année-là dans le monde 3,6 millions de voitures et d'utilitaires légers, n'a pas donné de prévision en la matière et ses résultats commerciaux des derniers mois ne l'ont pas incité à en faire.

PSA a averti trois fois sur le résultat opérationnel de sa division automobile, qu'il attend désormais en perte en 2011.

La chute de ses ventes en Europe depuis la rentrée, conséquence du marasme provoqué par la crise de la dette, la baisse de la demande pour la 207, modèle en fin de vie sur un créneau où Peugeot réalise toujours ses plus gros volumes, et la guerre des prix qui fait rage depuis l'automne dans les concessions, l'ont aussi conduit à annoncer 6.000 suppressions d'emplois en Europe en 2012.

Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Dominique Rodriguez

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Les articles liés :

PSA - GM, la nouvelle alliance
Le partenariat avec le numéro un mondial peut sauver le premier constructeur français, à condition que la greffe prenne, notamment à l'international. Le 29 février 2012 restera-t-il dans les annales de l'automobile comme le jour où […]

De Facebook à PSA, une semaine d'industrie
Les syndicats et les représentants patronaux discutent, EDF investit à Fessenheim, les salariés de PSA à Aulnay manifestent devant le QG de campagne de Nicolas Sarkozy. A quelques jours de l'élection présidentielle, l'industrie s'agite. […]

Du débat présidentiel à Technicolor, une semaine d’industrie
C'était la semaine de la dernière ligne droite pour les deux candidats à la tête de l’Etat. Avec pour point d’orgue le débat télévisé de près de 3 heures. Dans l’industrie, le groupe Sanofi est dans la tourmente et la justice rend deux […]


Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
CGT Fralib

Arnaud Montebourg chez Fralib

Le ministre du Redressement productif rencontre ce vendredi 25 mai les salariés de l'usine menacée. Une visite qui...

bBox - Bouygues

Bbox sensation : la pari technologique de Bouygues

Trois ans après le lancement de sa première Bbox, Bouygues Télécom sort son nouvel atout : la Bbox...

Peugeot 301

Peugeot investit les pays émergents avec la 301

Le constructeur automobile a présenté le 24 mai cette berline d’entrée de gamme, qu’il se refuse à...

Delphi

Les connecteurs automobiles de FCI séduisent Delphi

L’équipementier automobile américain veut racheter la division véhicules motorisés (MVL) à...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter