150 écoles au banc d'essai

Le 12 mars 2009 par Arnaud Dumas

Choisir la bonne école d'ingénieurs est crucial en période de crise. Le palmarès 2009 des meilleurs établissements français, réalisé par « L'Usine Nouvelle », donne cette année encore les clés pour ne pas se tromper.

usqu'en septembre, tout allait bien ! Les résultats de l'enquête exclusive de « L'Usine Nouvelle » réalisée auprès des écoles d'ingénieurs françaises le démontrent : les diplômés de la promotion 2008 étaient toujours demandés par les entreprises, avec un temps de recherche du premier job particulièrement bas : moins d'un mois en moyenne. Et pour cause. Beaucoup ont trouvé leur premier emploi à l'issue de leur stage de dernière année, devenu une véritable modalité de préembauche. Etat de grâce aussi du côté des salaires. En moyenne, les jeunes diplômés ont négocié une première rémunération annuelle de plus de 34 000 euros, avec un pic atteignant 44 400 euros pour Centrale Paris.

Mais entretemps, le contexte économique a profondément changé, balayant au passage les certitudes des écoles. Beaucoup de directeurs craignent que ce tableau idyllique ne commence à s'écailler. « Il y a moins de recrutement, mais la situation n'est pas encore catastrophique », veut rassurer Julien Weyrich, le directeur de la division ingénieurs et techniciens du cabinet de recrutement Page Personnel. Il ajoute cependant que « la compétition entre les candidats sera quand même plus forte ». Un discours que les directeurs d'écoles ont intégré. « Je dis aux élèves de ne pas paniquer, mais que les entreprises seront plus sélectives », confirme Jack-Pierre Piguet, le directeur de l'Ecole des mines de Nancy (Moselle). Notamment parce que les jeunes diplômés en 2008 n'ayant pas réussi à se placer vont entrer en concurrence frontale avec la promotion de septembre 2009. Mais aussi parce que la crise bouscule les codes auxquels les étudiants s'étaient habitués. Comme le stage de dernière année : « Je crains fort qu'il ne constitue pas une préembauche cette année », confie Hervé Renaudeau, le directeur de l'Estaca, l'école spécialisée dans les technologies automobiles et aéronautiques, basée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et à Laval (Mayenne).

ETRE MOINS EXIGEANT À L'EMBAUCHE

La cour pressante auxquelles se livraient les entreprises pour recruter des talents se fait moins insistante. Aux jeunes ingénieurs d'ajuster leur attitude. « Il y a six mois, ils étaient plus difficiles sur le contenu des postes qu'on leur proposait », se souvient ainsi Julien Weyrich, de Page Personnel. Aujourd'hui, ils font moins la fine bouche et acceptent plus facilement de travailler dans des régions qu'ils n'avaient pas choisies au départ. « Ils sont aussi beaucoup plus à l'écoute des conseils que nous leur donnons », reprend le recruteur.

De leur côté, les établissements ne demeurent pas inactifs. L'Ecole des mines de Nantes (Loire-Atlantique) a pris l'option d'informer en temps réel ses élèves sur l'état de l'emploi. « Nous avons mis en place un dispositif de veille en ligne pour nos étudiants de dernière année », explique Stéphane Cassereau, le directeur de l'école. Articles parus dans la presse, études de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), contacts de recruteurs... Tout y est pour faire face à la fraîcheur du marché. Et pour aider les jeunes ingénieurs à se vendre au plus juste. « Nous sentons déjà qu'il y a une pression à la baisse sur les salaires, constate le directeur des Mines de Nantes. Notamment dans le secteur informatique... »

D'ailleurs, les candidats commencent à revoir leurs prétentions salariales - parfois entre 5 et 10 % de moins que l'année dernière, selon le cabinet Page Personnel. Il faut dire qu'après avoir atteint un point bas en 2003 du fait de l'éclatement de la bulle internet, le salaire des ingénieurs en sortie d'école avait atteint des sommets, se rapprochant sensiblement de celui, traditionnellement plus élevé, des étudiants d'écoles de management. L'augmentation continue depuis 2003 devrait donc se tasser cette année, au moins pour un temps.

Dans ce contexte, le choix de la bonne adresse s'avère d'autant plus crucial. Les bacheliers et les élèves issus des classes préparatoires doivent à tout prix trouver l'établissement qui leur garantira la meilleure insertion. Certes, les écoles les plus prestigieuses demeurent toujours dans les petits papiers des grands groupes. « Pour le cycle ingénieur, les entreprises continuent de se presser à nos portes », confie ainsi Benoît Legait, le directeur des Mines ParisTech. Même s'il avoue que pour d'autres diplômes délivrés par l'école parisienne, comme les masters ou les doctorats, la situation est moins évidente...

En revanche, les écoles trop récentes ne sont pas forcément une bonne solution. « Certaines instances locales pensent que créer une école d'ingénieur sur leur territoire peut être un remède à la crise, déplore ainsi Bernard Remaud, le président de la Commission du titre d'ingénieur (CTI), l'organisme qui accrédite les établissements. Je crois que l'augmentation du nombre de formations, en particulier par la création de petites structures, est dangereuse pour la qualité. » La raison ? Le manque de recherche partenariale avec les entreprises, composante essentielle de la formation d'ingénieur. D'autant que le gouvernement, mais aussi certaines entreprises, incitent de plus en plus les étudiants à s'orienter vers la recherche, en poussant leurs études jusqu'au doctorat (bac+8). « La branche professionnelle de la chimie souhaiterait que 30 % des ingénieurs suivent des formations doctorales », explique François Cansell, le directeur de l'Ecole supérieure de chimie et physique de Bordeaux (ENSCPB).

BIEN CHOISIR ENTRE GÉNÉRALISTE ET SPÉCIALISÉE

Le contexte économique ravive également le débat entre les écoles généralistes et celles spécialisées dans un seul domaine. Une école généraliste permet de multiplier les débouchés, tandis qu'une formation spécialisée s'expose aux déboires ou aux réussites d'un secteur. Et les élèves l'ont bien compris. « Cela se ressent même dans le choix des options de fin de cursus, remarque Stéphane Cassereau. Nous devons refuser des étudiants dans la filière nucléaire ! Alors que l'on ressent plus de flottement sur notre option industrie. »

L'effet automobile n'y est pas étranger. « C'est l'avantage et l'inconvénient d'être une école spécialiste, confirme le directeur de l'Estaca. Notre atout est notre positionnement sur des enjeux qui passionnent les jeunes. » Le risque est également présent dans l'informatique, les étudiants pouvant être échaudés par les mauvaises nouvelles à répétition de ce secteur. Comme ce fut le cas au début des années 2000 avec l'éclatement de la bulle internet. « Cela a été fatal au recrutement d'étudiants dans les formations en informatique », se rappelle le directeur de l'Ecole des mines de Nantes. Après plusieurs années pendant lesquelles les entreprises de ce secteur ont beaucoup embauché, elles sont aujourd'hui moins à la recherche de jeunes diplômés. « Les clients préfèrent qu'on leur envoie des consultants expérimentés plutôt que des jeunes diplômés à prix égal », confie ainsi Laurence Ameur, la responsable ressources humaines d'Infotel. Cette SSII va recruter 900 informaticiens en 2009 pour des missions gérées en interne, et non chez le client. Et pour le coup, « les recrutements sont bien moins difficiles à mener que l'année dernière ».

Gare, toutefois, à ne pas fonder son choix d'école uniquement sur la situation actuelle d'une filière industrielle. « Les personnes qui entreront cette année en école d'ingénieurs ne seront diplômées que dans trois ou cinq ans, rappelle Julien Weyrich. La crise devrait alors être derrière nous et qui sait ce que sera l'industrie à cette date ? » D'autant que, si des secteurs ont fermé les vannes, la source n'est toutefois pas totalement tarie. « Les entreprises de l'informatique nous disent qu'il y a un trou d'air en ce moment, mais cela ne durera pas », pronostique Pierre Giorgini, le directeur du Groupe Isen, l'école aux trois campus à Lille, Brest et Toulon.

PRÉPARER LA SORTIE DE CRISE

Malgré le contexte difficile, les industriels n'ont pas intérêt à se couper totalement des jeunes diplômés. « Les entreprises ont appris des crises précédentes que les politiques de "stop and go" sur les recrutements leur sont très préjudiciables en termes d'image auprès des jeunes », soutient Stéphane Cassereau. Beaucoup adoptent une politique modérée, et les stratégies de gel des embauches souffrent quelques exceptions. Dans l'électroménager, FagorBrandt entend ainsi poursuivre son rapprochement avec ses écoles partenaires. « Nous aurons besoin de profils techniques spécialisés dans nos services R et D », confie François-Michel Sissung, son DRH. D'autant que les entreprises ne doivent pas oublier de préparer la sortie de crise. « Même si l'automobile est confrontée à des difficultés conjoncturelles, le secteur doit toujours relever des défis technologiques majeurs, en termes de sécurité, de diversification des sources d'énergie, etc .», affirme Hervé Renaudeau, de l'Estaca.


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article extrait de L'Usine Nouvelle

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